"Le 18 mars, journée commémorative, sur le plateau des Glières. J’y étais. De nombreux gendarmes aussi. Le « fan club » du président, une vingtaine de personnes, y était aussi. Le plateau est sous un brouillard épais. Deux jeunes filles sont assises dans la neige, juste derrière moi. Brusquement, un mouvement de gendarmes rompt le silence. Ils entourent les deux jeunes filles. L’une d’elles tient dans les bras une banderole pliée.
- Donnez-moi la banderole - Non, c’est la mienne - Vous n’avez pas le droit ici ! - Et la liberté d’expression ? - Qu’est-ce qui est marqué dessus ? - La liberté en danger.
Un gendarme lui arrache des mains. Contrôle des papiers… Fouille… sac à dos… pique-nique, ouf, il n’y a pas de couteau !
- Vous n’avez pas le droit d’être ici, partez ! - On veut voir le président. - Non, vous devez partir.
Dans l’assistance, seule une femme a le courage de prendre leur défense. Les jeunes filles seront embarquées, malgré tout. Avec les compliments des supporters sarkozystes....
Le fan club : « A ton âge je travaillais ! », « Qu’est ce que tu fous là ? », « Encore un soixante-huitarde »… J’en passe…
Trois à quatre gendarmes traînent les deux filles dans la neige… Je ne les ai pas revues, les « résistantes ». Je m’étais tu. Je voulais sortir, au bon moment, mon affichette cachée sous mon anorak. Un policier en civil vient me voir mais il ne trouve rien à redire. Me voilà devant le président. Je lui parle des deux filles.
- Ce n’est pas gentil ce qu’ils ont fait, me répond-il, méprisant et ironique, sans me regarder.
- Demandez aux gendarmes de leur rendre leur banderole.
Pas de réponse. Après être parvenu à me présenter devant lui une deuxième fois, je lui parle des suppressions de postes dans l’Education nationale… La réponse fuse, discrète, presque à voix basse mais bien réelle : « Retourne faire du ski ! »
(...) J’ai senti une tension, pas de la haine, mais une tension très forte, un mépris très fort du président qui ne m’a jamais regardé. Il a été d’un mépris absolu par rapport au message que j’essayais de faire passer, de façon calme et totalement pacifique."
témoignage de Vincent Corbeau via politis