Et ainsi, tous les 6 mois, tout le monde retient son souffle pour savoir quelles seront les perspectives de la Croissance pour le prochain semestre…. La Croissance serait la solution à tous ces problèmes, chômage, trou de la sécu, pauvreté….
Mais cette croissance dont on nous bat les oreilles, c’est la croissance du PIB, le Produit Intérieur Brut, c’est-à-dire tout ce qui donne lieu à des échanges monétaires, ce qui s’achète et qui se vend. Et donc, à coté de la satisfaction de nos besoins les plus vitaux, la Croissance embarque pêle-mêle des activités comme les réparations de catastrophes écologiques, AZF ou naufrages de pétroliers , les ventes d’armes, les dépenses de publicité, la consommation de tranquillisants, la dépollution de l’eau pour la rendre potable. Tout est "bon" pour la Croissance, du moment que cela donne lieu à des flux monétaires. Peu regardante sur ce qu’elle additionne, la Croissance oublie par contre toutes les activités humaines qui ne donnent pas lieu à des dépenses monétaires : entraide, vie associative, temps passé avec nos enfants et attention aux anciens…
Alors finalement, c’est quoi la richesse d’une société ?
Souhaite-t-on une société où la principale boussole est celle du chiffre d’affaires, et où l’on accepte des inégalités de revenus de plus en plus criantes ?
Une société où les dégâts écologiques ne viennent jamais remettre en cause la logique de la course aux profits ?
Souhaite-t-on une société où les dépenses de santé sont très élevées ou une société dont les personnes sont en bonne santé ?
Souhaite-t-on une société où les loisirs ne sont "bons" que si ils entraînent des dépenses, ou choisit-on la douceur de vivre ?
Et ainsi de suite...
Le PIB et la Croissance sont bien loin de mesurer l’amélioration du bien-être d’une société et du "bien-vivre" des individus. Ce ne serait pas si grave si cet indicateur se cantonnait à ce qu’il est, un regard sur les activités économiques. Mais son omniprésence dans les esprits en fait le raisonnement principal, affecte notre quotidien, empêche d’autres regards …
La santé par exemple n’est abordée que comme une dépense, alors qu’elle devrait être traitée en termes d’investissement sur l’être humain. Mais la prévention est moins productrice de "croissance" que la réparation… Et les dégâts de la pollution ou du stress au travail sur la santé, par exemple, ne sont jamais comptabilisés en négatif dans le chiffre d’affaire des entreprises…. oubliant que ce sont les humains et les conditions écologiques qui constituent les conditions de toute activité.
Construire de nouvelles boussoles, centrées sur l’être plus que sur l’avoir, se préoccupant certes du pouvoir d’achat, mais aussi de l’espérance de vie, de l’accès au savoir, à la santé…de la possibilité de se réaliser pleinement. Des boussoles où ce qui compte, c’est chaque être humain. Une économie au service de l’humain et non l’inverse.
(Un seul exemple, mais il en existe bien d’autres, l’indicateur de développement humain (IDH), proposé par le PNUD – et s’inspirant des travaux du prix Nobel d’économie Amartya Sen - considère trois critères essentiels : l’espérance de vie, le niveau d’instruction et le revenu.)
Il est urgent de changer notre regard sur ce qui fait la richesse d’une société.
Reprendre pouvoir sur nos propres vies, sur ce qui fait valeur pour nous. Se construire, personnellement, collectivement, sur une vision du monde ancrée sur l’humain, où chaque personne a sa place. Et le faire avec tous ceux qui sont les plus touchés par cette dérive de notre société.
in appel pour un autre regard sur la richesse
et l'initiative Produit Intérieur Doux