Des patrouilles de volontaires pour «sécuriser» Padoue

Giovanni Battisti Baldan (...) président du comité Padoue sûre et membre actif de la Ligue du Nord, il anime l'une des rondes citoyennes qui patrouillent dans les quartiers à taux élevé de délinquance. Un téléphone portable en main, l'œil aux aguets, le petit groupe parcourt lentement le dédale de ruelles autour de la gare. Un groupe de Maghrébins les dévisagent avec inimitié.

Les consignes, contenues dans un tract remis à chaque membre, sont strictes : interdiction de porter sur soi armes ou objets contondants. Être à tout moment parfaitement identifiable. Éviter toute attitude agressive, «surtout face à des provocations». En cas d'agression, se retirer immédiatement en appelant les forces de l'ordre.

Sur leur passage, les pat­rouilleurs placardent de petits macarons : «Association Vénétie sûre. Le groupe de surveillance territoriale est passé cette nuit à… pour un service de repérage et de prévention.» Suit un nom et un numéro de téléphone pour tout contact éventuel.

(...) Padoue n'a pas l'apanage des rondes, même si elles y ont démarré plus tôt qu'ailleurs. Un peu partout en Italie, surtout dans le nord et le centre, on assiste à une éclosion de comités pour la sécurité. À Jesole, près de Florence, elles ont pris pour prétexte la lutte contre la prostitution de rue. Modène, Gênes, Vérone, qui est une plaque tournante de la drogue, Trévise, la ville sainte d'Assise, Lodi et Bergame, Bolzano : on ne compte plus les villes où elles ont essaimé. Souvent à l'initiative de partis politiques, la Ligue et l'extrême droite surtout, ou encore de mouvements «civiques». Elles prennent les noms les plus bizarres : Blue Berets et City Angels à Milan, Sentinelles de la beauté, à Florence, plus classiquement Volontaires pour la sécurité publique.

Les rondes se déroulent généralement sans incidents. Mais samedi dernier à Massa Carrara, une patrouille des «SSS» (Secours social et de sécurité) (sic, NDD) a été prise à partie par des jeunes des «rondes prolétariennes» déterminés à les refouler. Faute d'y parvenir, ces derniers ont bloqué le grand axe ferroviaire nord-sud pendant deux heures.

Plutôt que l'interdire, le gouvernement a voulu discipliner ce mouvement. Le président de la République a demandé des garanties. Aussi le ministre de l'Intérieur, Roberto Maroni, qui fait partie de la Ligue, a-t-il dû modifier le code déjà adopté par le Parlement : pas plus de cinq membres par ronde, avoir au moins 25 ans, une bonne santé physique et mentale, un casier judiciaire vierge. Interdiction d'appartenir à un parti politique, de porter uniformes, armes ou sprays urticants ou de patrouiller avec des chiens. Obligation d'endosser un gilet jaune fluo facilement reconnaissable et de s'inscrire au préalable auprès des forces de l'ordre.

Ces comités sont laissés à l'initiative de chaque maire. Giovanni Baldan espère que ces derniers n'en profiteront pas pour limiter ce qu'il appelle «le droit légitime de chaque citoyen à faire des contrôles».

via le figaro

Pour mémoire...


La Milice française se voulait une chevalerie porteuse de force et de renouveau. Elle devint une phalange maudite. Souvent évoquée mais peu étudiée, elle a fini par être considérée comme une sorte de Gestapo française au service de l'ennemi. La Milice est un témoignage extrême des ravages qu'ont pu exercer sur des hommes d'action, patriotes mais bardés d'œillères, d'abord un «maréchalisme» exacerbé et la phobie de la République ; ensuite un anticommunisme obsessionnel ; et enfin les prédications des ultra-collaborationnistes. Sous la conduite de son fondateur Joseph Darnand, la Milice s'est voulue le fer de lance de Vichy dans la lutte contre tous ceux qui, à ses yeux, étaient des suppôts de la démocratie et des alliés objectifs du bolchevisme : les maquisards et les «judéo-saxons». Enfermés dans la certitude que la défaite de l'Allemagne déboucherait sur une France communiste dans une Europe dominée par Moscou, la Milice devint inéluctablement l'alliée de l'occupant. Soldats-policiers d'une cause perdue, mélange d'hommes de foi et d'hommes de main, les miliciens allèrent jusqu'au bout de leur dévoiement.

4ème de couverture de "l'histoire de la milice" par Pierre Giolitto, ed. Perrin